Vladan Matijevic, ours poète et romancier continue de narrer les tribulations de personnages délavés par l'alcool, le stupre et les vicissitudes de l'Histoire, avec plus de subtilités que n'en laissent paraître ces habiles trasheries.
L'auteur serbe possède une écriture adroitement farfelue, dont l'érotisme et l'éthylisme seraient les mamelles nourricières. Un style qu'il épanchait déjà en 2007 avec le roman qui l'a mieux fait connaître du public français, « Les Aventures de Minette Accentiévitch ». Matijevic y ajustait à son goût la figure quasi classique de la marie-couche-toi-là, aussi simple et sympathique que nymphomane.
« Le baisespoir du jeune Arnold » reprend à son tour le canevas décousu et trivial du pauvre jouisseur amoral.
Le-dit Arnold pense beaucoup aux seins des filles, et n'a souvent comme horizon qu'une cuite au Cheval Ivre ou chez Lili la Pute avec une troupe de camarades dont la société drôlatique ne parvient pour autant pas à nourrir le personnage. Mis à la porte par sa logeuse, viré par son patron, fuyant la fac, sa femme et son enfant lui deviennent aussi parfaitement indifférents que les luttes politiques ou sociales qui agitent le pays. Son baisespoir est un avatar d'une désespérance latente qui fait d'Arnold un simple spectateur de plus en plus apathique.
Un sentiment étrange, renforcé par un auteur mariant lui-même la distanciation, de la froide facilité à énoncer le viol ou le meurtre à l'ironie fine et très drôle qui perce les scènes de ménage et les interrogatoires de police.
Vraisemblablement satirique, Vladan Matijevic assigne à une confuse recherche de sens non seulement son personnage, mais aussi son pays et son lecteur
Le tiraillement Serbe entre occident et orient devient lisible : les noms germaniques des personnages comme le titre du livre renvoient à une Allemagne fantasmée comme le pays à la fois le plus occidental d'Europe, et le plus proche des anciens satellites de l'URSS. L'âme slave sourd pourtant, dans les portraits (caricaturaux) de ces hommes perdus, rustres et violents, et dans ces envolées surréalistes qu'on lisait aussi dans certains romans de Boulgakov ou de Nabokov.
Le lecteur quant à lui navigue à contre courant, riant mauvaisement des tribulations dont il remonte le fil, avec en creux ces lugubres interrogations : comme en est on arrivé là ; et que fait-on maintenant ?